la suite des douze travaux, Héraclès ne connaît
qu'un bref répit, en effet tout en accompagnant un moment
Jason et les argonautes, il prépare à Tirynthe
ses campagnes répressives contre Troie et L'Elide afin
d'y punir les malhonnêtes Laomédon et Augias (voir
travail 5 et 9). Mais un léger contr-temps va retarder
ses projets. Il apprend qu'un concours au tir à l'arc
est organisé par Eurytos, roi d'Oechalie. Le challenge
en vaut la peine car le vainqueur épousera la princesse
Iolè. Sans plus attendre, Héraclès prend
part à la compétition et l'emporte haut la main.
Devant l'assistance subjuguée, Eurytos reconnaît
rapidement l'homme qui, quelques années auparavant, avait
massacré sa famille dans un accès de folie et
c'est bien logiquement que le roi annule le concours et retire
sa fille des lots gagnants. Cependant, l'un des ses fils, du
nom d'Iphitos, s'oppose à cette décision et lui
fait remarquer qu'Héraclès mérite amplement
la récompense prévue. Mais le vieux roi ne l'entend
pas ainsi, il ne veut faire courir aucun risque à Iolè.
Une nouvelle fois victime du manque de parole d'un homme, Héraclès
s'en retourne rouge de colère, tout en fixant de son
regard de feu la tribune royale. Quelques jours plus tard, on
annonce à Eurytos que plusieurs bêtes de son bétail
ont disparu. Il ne lui en faut pas plus pour soupçonner
Héraclès et il charge donc son fils, Iphitos,
grand admirateur du héros, d'éclairer cette affaire
au plus vite. Il parvient rapidement à retrouver Héraclès
et lui fait part, avec diplomatie, des soupçons qui planent
sur lui. Très docilement, le héros accepte de
se rendre auprès du roi afin de lui prouver son innocence.
Malheureusement, de passage à Tirynthe, une pulsion meurtrière
envahit Héraclès et d'un coup, il tue le pauvre
Iphitos en le précipitant du haut des murailles qui entoure
la ville. Ce nouvel acte de démence tant craint par Eurytos
était d'autant plus inutile que le voleur n'était
autre que le célèbre brigand Autolycos, grand-père
d'Ulysse.
Toujours est-il qu'Héraclès doit de nouveau se
faire purifier de son crime. Les refus consécutifs de
Nélée, ami d'Iphitos et de la Pythie de Delphes
ne vont pas arranger sa situation. Dans un accès de colère,
il va même jusqu'à menacer cette dernière
en lui arrachant du sol son trépied sacré. Sans
l'intervention d'Apollon puis surtout de Zeus, nul doute que
l'impulsif héros aurait saccagé la ville entière.
Le verdict divin ne se fait pas attendre : le roi de l'Olympe
condamne son fils à trois années de captivité
et c'est Hermès qui, déguisé en marchand
d'esclave, vend Héraclès à la reine de
Lydie, Omphale. Quant à Eurytos, il refuse l'argent qu'on
lui propose en dédommagement, et pleure la disparition
de son fils. En voulant sauver sa fille, il venait de perdre
le plus courageux de ses fils.
 |
Héraclès
soulevant le tripode, amphore à figures rouges,
Vème avJC. |
Aux pieds d’Omphale :
Durant ces trois ans d'esclavage, Héraclès va
non seulement se plier aux exigences militaires d'Omphale mais
aussi à ses étranges fantasmes. En effet, la reine
de Lydie l'oblige à se travestir en femme et lui apprend
à filer la laine. Inversant les rôles, Omphale
revêt la peau de lion du héros et s'arme de sa
massue dans un ambigu jeu de rôle de dominant et dominé.
Quand il finit de purger ses années de captivité,
Héraclès quitte sans regret l'étrange Omphale
avec laquelle il aura quand même eu le temps de faire
un enfant du nom de Lamos.
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Hercule et Omphale,
huile sur toile, Lucas Cranach l'ancien, 1537. |
Hercule et Omphale,
huile sur toile, François Lemoyne, 1724. |
Règlements de compte et gigantomachie
:
Après avoir retrouver sa liberté, le héros
peut, comme promis, se venger des infâmes Laomédon
et Augias. Il commence par se rendre dans la cité de
Troie à la tête d'une armée impressionnante.
Sur place, il tue de ses propres mains Laomédon qui n'avait
pas tenu parole après qu'Héraclès eut libéré
sa fille Hésioné (voir Travail 9) et extermine
ensuite, de la même manière ses valeureux fils.
A la suite de ce premier règlement de compte, Héraclès
reprend la mer pour rejoindre au plus tôt les côtes
du Péloponnèse. Mais un vent violent, soulevé
par Héra, sévit au large de Troie et fait échouer
le héros au sud de l'île de Cos.
 |
| Hercule contre les
Troyens, dessin de Barthel Beham, XVIème siècle. |
Héraclès a tout juste le temps d'aider les Grecs
insulaires contre les Méropes quand soudain la déesse
Athéna lui apparaît et lui ordonne de l'accompagner
en Chalcidique où a lieu les terribles combats entre
les dieux de l'Olympe et les Géants. Or, selon un oracle
révélé à Zeus, ce dernier ne pouvait
pas triompher sans l'aide d'au moins un mortel. Sans hésiter,
le héros se rend, avec Athéna, sur le continent
et comme prévu son intervention donne le coup de grâce
aux Géants assurant une victoire incontestable de Zeus
et des dieux de l'Olympe.
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| Héraclès
et les dieux de l'Olympe... |
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 |
| ...écrasant
les Géants, fresque, Giulio Romano, XVIème
siècle. |
Héraclès
contre les Géants, céramique
grecque à figures rouges, Vème avJC. |
Après ce brillant succès, Héraclès
poursuit sa route vers le Péloponnèse et l'Elide
où réside Augias. Ce dernier l'avait banni de
son royaume à la suite des humiliants travaux dans les
écuries (voir Travail 5) et le héros avait juré
qu'il le lui ferait payer. C'est rapidement chose fait lorsque,
aidé de son armée, ils éliminent dans une
embuscade les Molionides, alliés d'Augias et excellents
stratèges. La suite n'est qu'une formalité pour
Héraclès. Il neutralise l'armée du roi
et tue Augias d'un coup de massue. Fidèle en amitié,
le héros place sur le trône Phylée, fils
du souverain déchu, qui avait, par le passé, témoigner
en sa faveur (voir Travail 9).
Le chien d’Hippocoon :
Peu après avoir éliminé Laomédon
et Augias, Héraclès prend une nouvelle fois le
commandement d'une armée. Aidé de Céphée,
roi de Tégée, et de ses fils ainsi que d'Iphiclès,
le héros s'attaque au roi spartiate Hippocoon. En effet,
quelques temps auparavant, Oenos, cousin d'Héraclès,
avait été tué par les fils d'Hippocoon
pour avoir osé jeter une pierre sur leur horrible chien.
Le héros ne pouvait donc pas laisser ce crime impuni.
A Sparte, la bataille fait rage et le massacre tourne une nouvelle
fois à l'avantage d'Héraclès même
si cette fois les pertes humaines sont énormes : son
frère jumeau Iphiclès ainsi que Céphée
et ses fils périssent dans la bataille. Hippocoon et
ses fils vaincus, Héraclès place sur le trône
de Sparte Tyndare, jadis banni par son souverain de frère.
Cette horrible guerre, déclenchée par une dérisoire
histoire de chien, a pourtant permis à Héraclès
de connaître la belle Augée, sœur du défunt
Céphée, et qui lui donnera un fils du nom de Télèphe.
 |
| Bataille avec Hercule,
relief de Di Giovanni, 1478. |
Le combat contre Achéloos :
Après plusieurs années de nouveaux exploits,
Héraclès se souvient de sa promesse faite à
Méléagre (lors de sa visite aux enfers) d'épouser
Déjanire. Pour cela il se rend en Etolie où habite
la ravissante jeune fille. Mais à sa grande surprise,
un étrange prétendant s'apprête à
demander la main de la princesse terrifiée, il s'agit
du dieu-fleuve Achéloos. Ce dernier prend différentes
formes pour déclarer sa flamme : tantôt changé
en taureau, tantôt en serpent, il se métamorphose
également en homme cornu dont la barbe fait jaillir des
fontaines d'eau de source. Rien de moins en somme pour effrayer
une future mariée. Héraclès ne l'entend
pas de cette oreille, il se précipite sur la divinité
aquatique, transformé à l'occasion en taureau,
l'attrape par les cornes et brise l'une d'elle avec sa force
surhumaine. Acheloos vaincu et honteux se retire dans les roseaux
pour retrouver le lit de son fleuve. Sauvée par son vainqueur,
Déjanire se jette dans les bras du héros et le
mariage a lieu dans les jours qui suivent. Le couple vit paisiblement
pendant plusieurs années donnant le jour à deux
enfants Hyllos et Macaria avant qu'un nouveau drame ne les contraigne
à s'exiler.
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Hercule combattant
Achéloüs métamorphosé en serpent,
bronze, François-Joseph Bosio, 1814-1824. |
Hercule luttant contre
Achéloos, huile sur toile, Le Dominiquin, 1621. |
Le cadeau empoisonné de Nessus :
En effet dans un nouvel accès de colère, Héraclès
tue le pauvre Eunomos, serviteur maladroit, qui lui avait renversé
du vin. Entaché par ce crime inutile, le héros
se décide à quitter l'Etolie avec sa famille.
En cheminant vers la cité de Trachis, ils doivent traverser
le fameux fleuve Evénos. Là, sortant de nul part,
un centaure se présente au nom de Nessus. Il propose
aimablement ses services afin de porter la dame sur l'autre
rive sans qu'aucune goutte d'eau ne vienne mouiller ses vêtements.
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Héraclès,
Déjanire et Nessus, stamnos à figures
noires, peintre du Vatican, 540 avJC. |
Déjanire enlevée
par Nessus, huile sur toile, Guido Reni, 1621. |
En toute confiance, Héraclès soulève Déjanire,
la pose sur le dos du centaure et celui-ci entame avec précaution
la traversée. Malgré un fort courant, il parvient
au milieu du fleuve assez rapidement. Mais d'un coup, le comportement
de Nessus change du tout au tout : il attrape violemment l'épouse
du héros, la colle contre sa poitrine et galope jusqu'à
l'autre bord dans le seul but de la violer. Sans plus attendre,
Héraclès tend son arc et décoche l'une
de ses flèches empoisonnées. Le projectile atteint
sa cible avec précision et le centaure s'effondre, tétanisé
par la douleur. Dans son agonie, le perfide Nessus parvient
à convaincre Déjanire de recueillir quelques gouttes
de son sang. Il s'agissait, selon lui, d'un puissant philtre
d'amour qui lui serait utile si Héraclès venait
à la délaisser pour une autre femme. Pour son
grand malheur, elle crût le malin centaure et remplit
un flacon à l'insu d'Héraclès. Ce qu'elle
ignorait, c'était que la flèche envoyée
par Héraclès avait été jadis trempée
dans le puissant venin de l'Hydre de Lerne (voir Travail 2).
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Nessus et Déjanire,
bronze, Jean de Bologne (Giambologna), fin XVIème
siècle. |
L'enlèvement
de Déjanire, huile sur toile, Gustave Moreau,
XIXème siècle. |
Nessus et Déjanire,
bronze, Adrien de Vries, 1608. |
Le combat contre Kycnos :
Après cette mésaventure, Héraclès
et sa petite famille atteignent la cité de Tarchis où
le roi Kéyx lui offre l’hospitalité en échange
de quelques services et notamment des opérations militaires
contre les Dryopes et les Lapithes. Cependant, un épisode
plus insolite va avoir lieu en Thessalie lorsque Héraclès se voit provoqué
en duel par un dénommé Kycnos, gendre de Kéyx.
Le combat est extrêmement équilibré puisque
aux côtés du brigand se tient son père le
dieu Arès. Mais Héraclès ne faiblit pas
et il parvient même à tuer Kycnos et à blesser
Arès. Pour éviter un accident, Zeus va une nouvelle
fois séparer les deux combattants. Il jette sa foudre
entre le dieu et le héros, lesquels s’inclinent
devant l’autorité paternelle.
 |
Héraclès
contre Kycnos, céramique à figures rouges,
Vème siècle avJC. |
La mort de Lichas :
La suite des événements va malheureusement précipiter
la chute du héros. Parti une nouvelle fois à la
tête d’une armée, il prétend retourner
à Oechalie et attaquer son roi Eurytos pour laver l’affront
causé après sa victoire dans le concours du tir
à l’arc (voir premier paragraphe). Laissant Déjanire
et ses enfants dans la cité de Trachis, il marche vers
l’Eubée. Son armée s’engage rapidement
dans la bataille et sous ses ordres, la cité est saccagée,
Eurytos et ses fils sont tués. Quant à la blonde
Iolè, après s'être jetée du haut
des murailles, elle fut portée par les vents et déposée
miraculeusement sur la terre ferme. Sans plus attendre, Héraclès
expédie le butin de la victoire et Iolè à
Trachis. En outre, il envoie son messager Lichas auprès
de Déjanire pour que celle-ci lui prépare une
tunique neuve en vue du sacrifice à Zeus qu’il
s’apprête à célébrer au Cap
Cenaeon en Eubée.
 |
| Hercule et Lycas,
marbre, Antonio Canova, XIXème siècle. |
Le bûcher :
Quand elle voit arriver la jeune Iolè parmi les prisonnières,
Déjanire ne peut s’empêcher d’éprouver
de la jalousie et, tout naturellement, elle repense au philtre
d’amour de Nessus. C’était le moment idéal
d’y recourir. Elle imbibe la plus belle tunique du héros
avec le sang du centaure et la confie au brave Lichas. Quand
ce dernier fait revêtir le vêtement à Héraclès,
le venin de l’hydre produit son effet : en pleine cérémonie
en l'honneur à Zeus, le héros ressent une terrible
brûlure sur tout le corps. Dévoré par la
douleur et envahit par la rage, il attrape le malheureux Lichas
par un pied et le lance dans la mer. Tandis que le venin plante
un peu plus profondément ses crocs dans sa chair, Héraclès
demande à se faire transporter auprès des siens
à Trachis. Quand elle voit le héros agonisant,
la pauvre Déjanire comprend que le philtre d'amour était
en fait un terrible poison ; pleurant sur le sort de son époux,
elle préfère se pendre plutôt que de le
voir souffrir. Sur l'ordre de l’oracle de Delphes, on
dresse un bûcher sur le mont Oeta en Thessalie. Mais malgré
les supplications d’Héraclès, personne ne
se résout à y mettre le feu. On appelle alors
Philoctète, un berger des environs et futur protagoniste
de la guerre de Troie, qui accepte de se charger d’enflammer
la bûche en échange de l’arc et des flèches
du héros. Pendant que les flammes dévorent l’enveloppe
charnelle d’Héraclès, un nuage enveloppe
le héros et l’emmène au ciel. Zeus dans
un coup de tonnerre venait d’emporter son fils sur l’Olympe.
 |
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Hercule sur le bûcher,
marbre, Guillaume Coustou, 1703. |
Bûcher et apothéose
d'Héraclès,
céramique à figures
rouges, Vème avJC. |
L’apothéose d’Héraclès
:
 |
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Apothéose d'Hercule,
huile sur toile, Pierre Paul Rubens, XVIIème siècle. |
Hercule monte vers
l'Olympe, dessin de Charles Lebrun, XVIIème
siècle. |
Héros parmi les immortels, Héraclès peut
banqueter à la table des dieux de l’Olympe et savourer
le délicieux nectar et l’ambroisie. En guise de
réconciliation, Héra lui offre en mariage sa fille
Hébé, il connaît alors un repos bien mérité
après 52 années d’une trépidante
existence. Aujourd’hui encore, il suit les affaires des
Hommes depuis le ciel où brille sa constellation.
 |
 |
Héraclès
et Hebe, marbre,
J.A. Jerichaü, 1845. |
La constellation d'Hercule,
représentant le héros agenouillé dans
le ciel, tête en bas, entre la constellation de la
Lyre (à l'ouest) et le Couronne boréale (à
l'est). |
 |
| Héraclès
dans un sommeil éternel ? |